December 15, 2015

Photo de Canseliet et assation.

Eugène Canseliet dans son Laboratoire.
http://philosophesdelouest.blogspot.fr/

Récemment sur Facebook, Philosophesdelouest a posté cette photo sur un groupe de Spagyrie. Je l'en remercie.
Son commentaire est le suivant : "Avez-vous remarqué la rareté des photos d'Eugène Canseliet sur le net ? Une petite dizaine tout au plus... Celle-ci (à ne pas confondre avec d'autres semblables, observez bien), que je ne connaissais pas, est très révélatrice du travail du Maître... Voyez-vous pourquoi ?"

Il ajoute alors une seconde photo explicative de ce qui se trouve en premier plan :

 

Philémon"La version de 1998 à 6 trous. Température de l'ambiance jusqu'à 220°C (à condition de remplacer l'eau par de l'huile). Celui d'Eugène Canseliet est la version des années 50 à niveau constant. Il en possédait deux qui lui avaient été offerts. Le Maître s'en servait pour les fastidieuses distillations en vue d'obtenir le sel de rosée."

Mon analyse est la suivante, concernant la photographie de Canseliet oeuvrant : 
L'assation est visible au premier plan avec la série de ballons d'un litre (semble t'il). La Dame jeanne dans le fond est possiblement pour la rosée. Du à l'appareil utilisé, la température ne doit pas être très haute, le col long permet la circulation de la rosée. Après discussions, ce que j'avais pris pour des baguettes de verre, semblent être des thermomètres dans les ballon "secs", d'une couleur plus claire. Cependant, j'utilise moi même parfois des thermomètres comme baguettes de verre lorsque je n'en ai pas sous la main, ce qui indiquerait possiblement, qu'il faille remuer la matière au stade du séchage, mais je ne valide que peu cette hypothèse en fin de compte.

L'assation se passe en deux temps. Un premier humide, où la rosée est ajoutée sur la matière pilée. Elle est placée à circuler en vase clos - il semble que d'autres Labourants utilisent un sel plus fixe que la rosée, bien connu dans ce travail au creuset. Puis, elle est séchée doucement sous un rigoureux contrôle de température. Ainsi que la coloration différente des ballons ouverts et des deux autres fermés.

L'obtention finale est appellée "le Kermès", la matière est rouge vermillon profond, et prend parfois une myriade de couleurs intermédiaires, on trouvera dans les ouvrages de Canseliet et de Fulcanelli, une description symbolique de cette matière qui sera toujours plus parfaite que cet ébauche d'article sur un petit blog... Je vous invite donc à consulter vos livres et leurs index.

Notons ici qu'il y a exactement le même processus que dans le travail en voie humide au Cinabre. La confection de la minière, l'Ethiop, se suit de son assation, avec la mondification bien nécessaire pour l’amalgamation. Traces caractéristiques que nous voyons aussi sur les ballons de Canseliet. Le résultat est une minière recomposée, reconstituée archimiquement, nommée "Adam", car la matière à ce moment là ressemble à de l'argile rouge. Lors de ce processus nous avons une échelle de couleurs non philosophiques, la matière passant au vert olive, puis à une couleur beige, brune, et enfin rouge.

Il n'est cependant pas nécessaire de passer par cette étape de l'assation. Impossible me répondront certains. Peu importe en réalité si vous connaissez exactement ce qui s'y joue. Nous pouvons contourner le "problème", par un processus de haute spagyrie adapté à l'enjeu des principes. Il n'y a alors plus besoin de rosée dans le processus. Et ce dernier se fait directement sur notre Mercure, par voie sèche.

L'assation est pour certains au début, pour d'autres, à un autre moment, sur la matière seconde. Je pense que le processus reste indispensable, du moment où il est appliqué convenablement au moment propice, peu importe le comment. Cependant, c'est dans la phase humide, heureuse, que verra se former la Toison d'Or, assez semblable à celle de la Voie du Cinabre, mais obtenue dans des conditions très différentes. Toison qu'il est difficile d'avoir à chaque fois. Notre Chêne ne réagit pas comme le Cinabre, et nous donne un vert olive foncé, puis vert clair tirant vers le jaune, enfin un brun roux, et finalement un rouge très profond de toute beauté. La dureté de la matière ne permet pas toujours une couleur uniforme. Le régime du Feu est délicat à définir. Et clairement, il y a des jours avec le tour de main, et des jours sans ...

Je m'arrête là dans la description du processus. Ce serait déjà trop parler que d'en dire un mot supplémentaire. Mais il faut ici comprendre que c'est une opération Ar voir, AlChymique et non pas une simple confection d'un composé chimique, car là où le chimiste trouve une chose après une opération de ce type, l'Alchimiste en trouve une autre, d'une toute autre envergure. Notons aussi une chose importante ... il n'y a pas que le sujet mercuriel qui devrait passer l'assation.

Merci à Philémon auteur du blog : http://philosophesdelouest.blogspot.fr/ pour son aimable autorisation.

5 comments:

Philémon said...

La matière d'Eugène Canseliet, que j'ai pu observer de près, n'était pas rouge ou couleur de brique pilée, mais noire brillante, avec des reflets nacrés et elle laissait une trace voilette en couche mince...
Quelques-uns s'en souviennent encore.

Philémon said...

Il est possible que deux ballons contiennent une des deux matières en assation et que les quatre autres en contiennent une autre. La proportion 1/2 est ici discrètement rappelée. Personnellement, nous préférons la proportion 4/9e...
Effectivement, l'assation nous fait entrer dans le Merveilleux du laboratoire et distingue nettement la chimie vulgaire de l'Alchimie. Elle est présente à plusieurs stade de l'oeuvre, selon l'une des multiples voies choisies.
N.B. "une trace violette en couche mince" dans le commentaire précédent...

.: Salazius Hermès D'Artigné :. said...

Merci Philémon pour ces ajouts très intéressants.

Ne pensez vous pas que la matière de Canseliet, noire et brillante, était en cours d'assation ? Ou était elle bien "terminée".

Car j'ai remarqué que si l'on pousse l'assation au delà d'un certain stade, on obtient bien une matière noire.

Anonymous said...

Un de mes amis frères en Hermes m'a montré un gros bocal "le Parfait" pelin de matière assassée. Elle se présentait en fine poudre et la couleur en était "lie de vin", sans rapport avec celle du Sujet en pudre (qui est d'un noir grisâtre, comme du graphite écrasé).

Ce qui m'a frappé, c'est la surprenante odeur qui en émanait : .... celle du chocolat !

Après une rapide recherche, j'ai pu apprendre que cette odeur était caractéristique de certaines substances soufrées (indole, scatole, etc.). Selon leur teneur dans l'atmosphère, l'odeur peut en être agréable ou franchement désagréable.

Pour ma part, je me suis essayé une fois à cette opération, en soumettant ma matière à de la rosée (non distillée et conservée à l'abri total de la lumière, au frais), et en l'aérant comme le suggère M. Eugène Canseliet avec le "nécessaire gravier".

Mais vivant non loin de Cognac, j'ai eu l'intuition que ce "gravier" n'était pas forcément celui des allées ...

Au terme d'une lunaison, j'ai interrompu l'essai car rien ne semblait avoir évolué. Je pense que ma part de "gravier" devait être trop faible. Et la température (max. 60°C) trop basse pour obtenir le Kermes.

Si je devais réitérer cette expérience, je procèderai probablement en voie sèche, à l'aide d'un certain flux.

Bien cordialement.

Pierre Stibia

.: Salazius Hermès D'Artigné :. said...

Cher Pierre,

Merci de votre message.

Je ne suis pas étonné de cette odeur de chocolat (que l'on rencontre aussi avec les acétates de manganèse).

J'avais travaillé l'assation (des essais du moins) avec un "gravier" fort. La modification, et la maturation de la matière était très rapide (un jour au plus) et sans besoin de feu extérieur. La matière alors, passait des couleurs variées et très belles. Mais cette couleur lie de vin était apparue uniquement par endroits, les autres n'ayant probablement pas eu leur part de substance ou de chaleur idoine.

Bien cordialement,
Salazius