January 22, 2018

Interrogations

Dernièrement je mangeais avec un ami médecin, en stage de dernière année d'internat, il est amené dans le cadre de sa formation, à côtoyer divers professionnels de santé. Lors de notre entrevue, il m'a rapporté la discussion qu'il avait eu avec un de ses maîtres de stages.

Ce dernier l’interrogeait sur ses motivations quant à la médecine, et lui amenait trois raisons "universelles" selon lui, qui faisait qu'un praticien en venait à devenir professionnel de la santé : La Réparation. Le Voir. Le Pouvoir.

C'est selon lui les trois raisons fondamentales du "pourquoi" être médecin. Si vous avez lu mon ouvrage la "Quête Alchimique, 68 lois, etc" édité en 2016 chez Hermésia (Alliance Magique) alors vous avez probablement vous aussi médité sur cette question : Qu'est ce qui me motive réellement dans ma pratique alchimique ?

Dans un premier temps je dirais ceci : Cette démarche dans 99% des cas, dès le départ est égocentrée. Elle est faite par vous et pour vous. Vous avez le droit de ne pas être d'accord. Si vous pensez que vous êtes dans le non désir absolu, bravo, mais cela m'étonnerait fort, car dans ce cas, il n'y aurait aucune pratique de ce type. Il y a toujours une recherche, et toute recherche est la fuite de l'opposé de son but.
Même si vous vous occupez du devenir d'un.e autre, il y a un ressort qui fait qu'en votre fort intérieur vous êtes engagé. C'est pour cela que vous agissez.

Si nous reprenons les trois modalités ci dessus : 

- Vous avez besoin de réparer quelque chose. 
- Vous avez besoin de voir.
- Vous avez besoin de pouvoir (avoir du ~ sur, avec, pvr faire...).

Je suis tombé sur des cas où l'on me disait "je fais de l'alchimie par ce que je veux soigner ... ceci, cela, un proche, etc". C'est que ça vous concerne donc, car sinon, la démarche ne serait pas entreprise, car il s'agit de votre désir, de votre souffrance (ou compassion = "souffrir avec" étymologiquement parlant).

Ok, il n'y a rien de "mal" dans le fait de faire quelque chose "pour vous". Charité bien ordonnée commence par soi même, en effet, "nul ne peut transmuter s'il n'est transmuté lui même" (dixit le uber bombastic boss of Alchemy Paracelsus). C'est juste à repérer, à savoir et à comprendre. C'est un acte égoïste donc au départ. On dit que l'on ne fait pas des enfants pour soi même, mais ici, la Pierre c'est le cas. Au début du moins.

Vous pouvez objecter : "Ma pratique n'est que passion spirituelle", ... "pure curiosité", "rien d’égoïste". Certes. Mais vous êtes toujours dans le cœur du sujet même. 

La Pierre produite par cette Science Antique est porteuse (dis t'on) de :

- Santé et longue vie.
- Savoir.s.
- Richesse.s.

Dans les sens larges du terme.

Nous retrouvons donc nos trois raisons :

 - Réparer le.s corps, l'e.s esprit.s, et l'es âme.s, et le monde autour de nous si on a les yeux un peu ouverts, et prévenir les problèmes.
- Savoir, sagesse, comprendre, ouvrir et disséquer les matières, pour voir les choses.
- Avoir les coudées franches pour pouvoir ... créer, vivre, avoir ... etc. Ou avoir des capacités plus développées (mentales, ou autres).

Cette réparation provient en premier lieu de quatre sources :

- Extérieures. Vous avez vu un proche, un animal, ou quelqu’un souffrir au point ou l'impuissance vous a envahit (un peu, beaucoup, passionnément),  et vous n'aviez pas de recours autre que de trouver une solution par vous même.
- Votre esprit souffrait, et vous n'aviez pas de recours autre que de trouver une solution par vous même.
- Votre âme souffrait, et vous n'aviez pas de recours autre que de trouver une solution par vous même.
- Votre corps souffrait, et vous n'aviez pas de recours autre que de trouver une solution par vous même.

Voir et Savoir naissent de la souffrance de l'ignorance et du désir de savoir.
Vous sentez que quelque chose ne "va pas", qu'il y a plus dans ce monde que tout les philosophes ont pu rêver, et vous voulez du tangible, du concret, du dense, du ferme. Des réponses !! Légitime et sain. Esprit curieux, chercheur, alors le savoir est la porte d'entrée du temple. 
Cette désorientation profonde, ce sentiment d'être clairement perdu dans un monde que l'on ne comprend pas déclenche alors la tabula rasa, et la mise en route d'un travail alchimique d'envergure. Etude, lecture, réflexions, méditations, observations. Ceci, bien sûr, si la motivation première est de SaVoir (Voir - ça/ceci, là). 
Ce Voir, comme Saint Thomas, nous assure, non par Foi aveugle, noire comme celle du charbonnier, mais par la certitude de l'expérimentation, que nous avons bien là, "quelque chose", un début de fil dans cette pelote si embrouillée. Ne faisons pas comme Alexandre Le Grand avec le nœud Gordien, faisons comme Thésée et Ariane. C'est par le labyrinthe qu'on fini par se retrouver. On passe de la périphérie de la compréhension, à un centre éclairé.

Ce voir négatif est aussi voyeurisme. En médecine c'est vite vu. Mais en Alchimie nous avons à faire à des matières. Ce ne serait alors que du "tourisme" dans ce cas. L'expérimentateur mène alors son travail dans un seul but protocolaire, et n'y engage aucun respect. 

Cette sagesse acquise par l'expérience permet de cerner les aspects différents d'un même problème (ou solution). Nous avançons alors dans l'idée du Voir, à la Castaneda, qui permet de percer au delà de nos propres incapacité perceptives. D'éveiller l'esprit à ce qui est là, toujours, mais qui passe tellement inaperçu !

Le Pouvoir est alors inhérent à celui qui a VU, et qui a ainsi, compris que pour réparer la matière, il fallait la casser. Nous sommes ici aussi dans la nature duale. La matière devient poison virulent et finit par donner un élixir souverain. L'alchimiste invoque la funeste Faucheuse sur sa matière et elle termine Reine/Roi de la Terre et des Cieux. Le pouvoir est habité par l'inaction, et par l'inutilité de tout son battage, de son esclandre, de sa pompe, de sa richesse, de ses prouesses.

Cela aide alors à comprendre, accepter que les choses et les gens "cassent". Et qu'à chaque problème il y a une solution. C'est aussi cela le pouvoir : Avoir une solution viable, par un trousseau de clef qui n'en comporte qu'une seule : le Multipass. Le Pouvoir absolu c'est avoir une réponse unique à toutes les questions. Un seul remède pour toutes les afflictions. Une richesse qui n'est pas celle que l'on croit, une qui ne s'achète ni ne se donne. 

Etre sans pouvoir, sans capacités, sans ressources est souvent le moteur de départ de l'Alchimiste. La pauvreté, le rejet, la blessure, le complexe et la frustration. Le sentiment d'infériorité même. Ne rien être, ne rien avoir, - source de souffrances et de désirs. Répulsion/attraction. Le pouvoir attire. Se sentir plus armé face au monde c'est toujours être dans le monde et même du monde. C'est aussi sentir que l'on doit s'en défendre et psychologiquement c'est déjà poser la vie en ennemie. En source de malheur et de mal être. Etre mal, être faible, être ceci ou cela ... C'est pleurer sur son sort au final. Non que cela ne soit pas nécessaire, mais la prise de conscience doit permettre de sortir de cette ornière.


Penser que réparer, sa;voir, pouvoir via l'alchimie, permettra de solutionner le problème de votre existence n'est pas totalement faux. Mais certainement pas totalement juste non plus. Il faudra un jour ou l'autre laisser le labo et tout le reste derrière soi. Personne ni rien ne vit pour toujours. Réparer est un pouvoir. Prévenir la casse aussi. Sa/voir et Pouvoir sont main dans la main et ont un cercle qui peut être très vertueux, ou très malheureux, débouchant alors sur la fièvre, la frustration, l'augmentation de l'égo, puis la folie sous toutes les formes possibles, et finalement, l'auto destruction totale, à des plans que vous n'imaginez même pas. Au lieu de rassembler, cela a fragmenté, appauvri, tué, au lieu de rendre vivant et prospère.

- Le blessé ou le souffrant, cherche la réparation.
- L'ignorant, cherche le savoir.
- Le faible menacé, cherche le pouvoir.

Ainsi :

- Le fou cherche la paix de l'esprit.

La racine de l'action alchimique est psychologique, comme tout ce que nous cultivons dans notre vie. Nous cultivons ce qui nous manque en nous même. C'est elle qui va déterminer la qualité du travail alchimique. Ses tenants, orientations, aboutissants, et effets sur le long terme à des niveaux qu'il est difficile ensuite d'accéder. 

Les dégâts causés par l'alchimie sont très, trop souvent insidieux. Je ne parle pas forcément de ces métaux lourds, de ces intoxications massives ou lentes qui rendent clairement Alzheimer ou Parkinson comme les Aghori Alchimistes mal protégés - et les voies des latrines. 

Je parle de potentiels humains, énergétiques, mentaux, psychologiques, de personnalité même. L'impact d'une pratique alchimique est souvent aussi dure qu'un travail sur un ring de boxe, ou un retour de croisade (intérieure). Les coups ne sont pas pris dans le corps (bien que ... il m'a souvent été difficile de faire 20 mètres avec une posture debout digne de ce nom, tellement épuisé que respirer est un calvaire, une épreuve si difficile que l'on souhaite cesser ce flux d'efforts ventilatoires pour de bon). 
Non, je parle d'un égo qui prend un coup, pas toujours positif parfois car le travail est alors source d'identifications et d'attachements mentaux et émotionnels, ou encore d'une modification profonde dans le métabolisme de base de certains centres énergétiques, ce qui modifie pas mal de choses. Pour peu que certains samskaras, traces, graines de karmas n'aient pas été purgés auparavant, cela peut générer de vrais, gros soucis sur le long terme. Avec des fins funestes.

Je pense qu'il est très important de VOIR clairement. D'appliquer un POUVOIR avec, et non "sur". De faire EVOLUER plutôt que de chercher a réparer. Ce ne sont pas toujours des choses simples à intégrer. Mais la base de tout cela c'est VOUS. Car c'est un acte pour vous, que vous avec engagé (pour vous, bis), et pas contre vous. L'Alchimie parfois se retournera contre vous. Avec la guidance des maîtres, que j'invoque sur vos têtes si vous l'acceptez, alors vous verrez clairement que le pouvoir est transcendant et qu'il réside en vous même, mais qu'il y a bien un prix à payer pour tous les travaux engagés.

Au delà donc des désirs qui tendent vers ou hors une influence, vous passerez au delà de ces tiraillements intérieurs inconscients (ou pas) et vous ne chercherez pas le plaisir ou le bonheur, un "MOI", via le SaVoir, le Pouvoir, la Réparation ou la Prévention. Mais vous serez alors libre de poursuivre ou non, sans regrets, sans remords, sans gêne, sans envies, sans besoins. 

C'est cela l'Alchimie sans passion, sans désir, sans besoin d'expérimenter.
Il y a savoir, il y a évolution, il y a révolution. Vous pouvez alors être dans l'agir sans agir, dans l'action épurée. Sans soubresauts émotionnels - qui ne sont qu'immaturité. Sans besoins d'attentes spécifiques. Sans peurs cachées. Quand le Dragon a fini de dévorer sa queue et tout le reste, alors ceci apparaît doucement mais sûrement. Avec légèreté. Avec questionnements. Avec étonnement. Mais toujours avec liberté. Libre d'être, de faire, de choisir ce que l'on veut.

Alors on peut exercer la réparation/évolution libre.
Alors on peut voir et savoir de manière libre.
Alors on peut avoir du pouvoir, et l'exercer libre.

Fondamentalement, rien ne change extérieurement. La recherche reste la même, la pratique du laboratoire aussi. Les buts peuvent très bien rester inchangés - santé, pouvoirs divers, richesses, savoirs. Mais tout ce qui sous-tend cela n'est plus du tout le même. Et voyez vous, c'est VRAIMENT ça qui compte.

Ceci peut très bien être gagné (ou perdu, tout dépend comme on le voit), par la pratique Alchimique. Mais j'aime aussi l'approche mystique pour ma part, et la psychologie, le Jnana Yoga, le Zen et la présence sont des aides inestimables, qui permettent de traiter l'arbre à la racine, histoire que les fruits qu'il donnera ne seront pas amers. Au delà de ces pratiques, le travail en énergétique (chi king, mystique, prière, yoga, théurgie, et j'en passe) peuvent apporter des solutions idoines et compensatrices des malheureux dégâts provoqués par les usures archétypales, ces déséquilibres engendrés inévitablement par une pratique sérieuse et qui ne sont pas toujours réparés malgré tous nos efforts les plus sincères. 

Soyez Libre.

2 comments:

Anonymous said...

Bonjour,

Merci pour ce billet, j'y vois un rapport avec le billet précédent, plus précisément ce passage de la faim:
"Par conséquent en votre Opération procédez avec un Feu modéré, et motivé par la hâte n’anticipez pas l’Œuvre, non pas en un jour, mais avec patience attendez jusqu’à ce que le Noir soit passé, puis vous pouvez augmenter légèrement votre Feu, mais laissez-le plutôt trop faible, plutôt que trop fort, ce qui sera plus sûr, ce qui est le courant conseil des Sages, sur lequel vous pouvez compter comme une base sûre. Car il s’écoulera beaucoup de temps avant que vous voyez votre Or se dissoudre et pourrir, et c’est cet Ouvrage que les Mages ont trouvé si pénible et dont ils se sont si souvent plaint."
Hermétiquement
Un quidam

.: Salazius Hermès D'Artigné :. said...

Cher Quidam anonyme,

Effectivement, pourquoi pas !

Ces gestions du feu, trop fort et c'est tourné à l'orange, comme dirait Flamel ou cela ferait alors brûler les fleurs de notre matière comme nous l'indique Marie la Juive, nous pousse à la prudente lenteur et à la sage circonspection. Ce pourrissement propice à la Vie Nouvelle, bien lente, bien tardive à se faire jour, n'en est pas moins inéluctable :)

Alchimiquement votre,
Salazius